Il existe un grand paradoxe

Les femmes compositeurs existent, et en même temps elles n’existent pas. (Dr. Arthur Chimkovitch, Paris, 01.09.2017)

Il y a trois ans, j’ai entamé une étude couvrant tous les domaines artistiques, en mettant l’accent sur la présence des femmes artistes dans l’histoire de l’humanité. Après deux ans de recherche, j’ai réalisé deux choses : d’une part, cette étude était vraiment trop vaste pour une seule personne, et d’autre part, les femmes artistes les plus ignorées et dénigrées étaient – et sont toujours – les compositrices.

J’ai donc décidé de limiter mes recherches aux compositrices et d’essayer de comprendre le paradoxe qui existe – encore aujourd’hui – sur la visibilité de ces artistes dans le monde de la musique.

Le paradoxe, que je viens d’évoquer, repose sur une double constatation. Premier constat en 5 points :

– Il y a eu et il y a beaucoup de femmes compositrices. Aujourd’hui, il y a environ 1 femme compositrice pour 7/8 compositeurs masculins.
– Un nombre non négligeable de femmes compositeurs ont eu dans le passé un réel succès de leur vivant.

– Des milliers de livres et d’articles académiques ont été publiés sur les femmes compositeurs. – Il existe au moins 40 000 partitions / feuilles de musique relatives aux œuvres de compositrices. – Il y a au moins 2.200 femmes compositrices ayant au moins 1 œuvre enregistrée sur LP, CD, etc.

Et malgré cette abondance de données en faveur des compositrices et de leurs œuvres, nous observons – et c’est là le paradoxe des compositrices et de leurs œuvres, nous constatons – et c’est là que le paradoxe s’impose – que rares sont les musiciens et les organisateurs de musiciens et les organisateurs de concerts connaissent l’existence des femmes compositrices.

A ce sujet, j’aimerais partager avec vous une petite recherche que j’ai effectuée récemment.

J’ai analysé le programme de la prochaine saison musicale – donc la saison 2017-2018 – du Théâtre des Champs Élysées à Paris. Sur les 129 concerts qui seront donnés, 119 compositeurs et 1 compositrice sont programmés !

Et plus précisément : sur 200 heures de musique, environ 30′ seront accordées à un concerto pour piano écrit par l’Anglaise Sally Beamish, soit 0,25 % du temps d’une saison musicale. C’est probablement la règle pour la plupart des grandes salles de concert en France et à l’étranger.

Pourquoi … est la question ?

Tenter d’y répondre maintenant n’est pas possible – le temps manque évidemment pour le faire. Néanmoins, il est bon d’avoir deux faits à l’esprit :

Premièrement : l’absence des compositrices n’est pas seulement une question de chauvinisme masculin. C’est plus compliqué que cela.

Deuxièmement : la place des femmes compositeurs dans le monde culturel actuel n’est pas la même d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre.